06/07/2017

Un voyage avec "Lointaines merveilles" de Chantel Acevedo

Je vous emmène à Cuba ? Vous venez ?


Voici donc un livre reçu dans le cadre d’une opération masse critique Babelio. 

"Lointaines Merveilles" de Chantel Acevedo. Un dépaysement certain et immersif lorsque la petite histoire d'une vie rejoint celle avec un grand H, tout en ayant su réveiller une flopée de souvenirs.






1963. L'ouragan Flora est tout près de dévaster les côtes cubaines. Maria Sirena, octogénaire de son état, n’est pas décidée à quitter sa maison "à l’autre bout du monde" d’une petite ville, Maisí. Nous sommes dans la province de Guantanamo, à l’époque des Beatles, mais là n’est pas le sujet.

Maria Sirena a une histoire à narrer et c’est bien après avoir été obligée de quitter son domicile avec d’autres femmes âgées, afin de rejoindre la casa Velasquez, qu’elle se libérera d’un passé complexe à une époque où Cuba tente justement de se libérer du joug colonialiste espagnol. 

Si la Guerre des dix ans s’est achevée, l’héroïne voit le jour à une époque où les réformes ne prennent pas et alors que le conflit se poursuit, les américains viendront à s’en mêler…


Dès lors, c’est tout un témoignage fragmenté de souvenirs tantôt nostalgiques tantôt douloureux qui nous est confié, mêlant également l’intergénérationnel et l’histoire de ces autres ayant peuplé cette existence. Avec pudeur et sans superflu, une enfance bousculée par la guerre aux premiers émois, et à certains choix d’où naissent toujours les regrets et remords d’une vie. C’est donc l’occasion de verbaliser certaines vérités jusque-là cachées. L'occasion d’une confession tout comme de certains pardons.


Quand l'éclair jaillit de nouveau, la pièce s'illumine, le chant reprend, plus fort 'YE OBA YANA YANA. Quelque part des femmes crient. Un bébé en couches, les pieds nus, s'accroche à une longue jupe de coton.



Une écriture fluide, douce et addictive malgré des facilités scénaristiques, dirons-nous. De celles qui me font tiquer, mais vite pardonnées et mises sur le compte d'un élan égoïste par le personnage central. Des facilités scénaristiques ? Oui, une catastrophe naturelle réunissant un auditoire et « voilà ». Malheureusement déjà vu, sans doute trop exploité. Pourtant, on se laisse aussi embarquer.

Un élan égoïste ? Eh oui voire même plusieurs : La conteuse est bien souvent seule à parler, se soucie peu des histoires que peuvent receler ses compagnes d'infortune comme si ces dernières ne comptaient pas ni n'étaient assez importantes. Bien entendu, l’auditoire est subjugué, ému et réclame sans cesse la suite… Pourtant, son histoire n'a jamais été narrée à ses proches restants, mais à des presque inconnues...

Tout en espérant qu'elle se propage et qui sait, soit publiée !

Autant l’avouer, j'ai déprécié ce côté particulièrement agaçant quand bien même cela aide la narration, quand bien même le besoin de se libérer presse. Certes, évolue-t-elle petit-à-petit en cours de route, mais... 

Si le récit de Maria Sirena est touchant, son personnage l’est donc nettement moins. Finalement assez passif, manquant de caractère en dépit de ce qu’elle a vécu. Probablement par manque de subjectivité, peut-être aussi pour mettre en relief et sur des piédestaux, ceux qui l’ont entouré. Surtout pour avoir subi sa vie envers et contre tout, hantée finalement par ses propres fantômes. Et tout ce qu'elle put construire ensuite a semblé véritablement moins compter ou sera tu, là où on pouvait justement espérer une suite...

Et pourtant avec recul, c'est une ode à ceux qu'elle a côtoyé, aimé, l'ayant aimé et aidé à grandir, à mûrir au-delà du contexte historique et qui sont les véritables héros en finalité. Et derrière lesquels, elle s'efface comme pour faire écho à ce qui se passait il y a encore peu, à ce qui se trame encore aujourd'hui en Amérique latine et ailleurs...


Il lève ses bras couleur ocre pour qu'on le prenne. Des fleurs d'hibiscus, rouge et jaune, tourbillonnent par terre en clapotant comme des poissons hors de l'eau.



Des flopées de souvenirs ? Effectivement. J’avais dix-sept ans. J'avais intégré sur le tard un stage impro de théâtre sur un thème sensible. Tout cela après avoir été poussée via les foyers d’accueils Cotxet pour tâcher d'exorciser quelque chose, lorsqu'on a eu une enfance vraiment pas terrible pour bagage. 

Néanmoins,  c’est là qu’une frontière s’est ouverte. Un autre récit m'a été conté concernant une poignée de prisonniers qui, dans les années 70, gardaient espoir en présentant différentes pièces en tout genre au sein d'un camp chilien. Pendant ce temps-là, d’autres creusaient et certains se seraient échappés. 

C'est la vie de celui qui créa, plus tard et en France, le théâtre Aleph à Ivry-sur-Seine que je vous laisse découvrir. Merci à Oscar Castro, même si à l'époque, j'étais bien jeune encore malgré tous les livres lus autour des guerres et dictatures pour comprendre à quel point l'espoir est aussi synonyme de courage par ce qu'il insuffle... 

Si vous avez l'occasion et êtes en région parisienne : N'hésitez pas à aller voir une de leurs pièces !


Souvenirs également de l’association Palenque à Lyon qui m’aura permis plus en profondeur de découvrir les différentes cultures et danses émaillant l’Amérique du sud, ainsi que d'autres histoires chorales reflétant celle avec un grand H via des personnes investies et chaleureuses. C'est une jolie communauté à rencontrer. Là encore, n'hésitez pas si vous êtes du coin.

Ainsi, il en faut peu pour raviver des fulgurances et constater que - peut-être - n’est-ce pas un hasard pour certains rêves de voyage et d’exil esquissés avec une collègue faisant parti de cette association, dans l'idée de construire autre chose quand le reste nous semblait sans saveur et superficiel. 

Le plus ironique dans tout cela ? Elle y est allée lorsque moi, j’ai déménagé à la frontière… Espagnole !

Qui sait s'il n'est pas temps de donner un second souffle et une réalité à ces esquisses ?

En attendant et pour conclure,  « Lointaines merveilles » a reçu le prix du meilleur roman 2017 par les lecteurs de l'éditeur Points. Et effectivement, sans être un coup de cœur, il a su me surprendre pour ce qu'il aura réveillé, me rendre curieuse sur ces pans d'histoires que je connais mal et m'émouvoir bel et bien un peu aussi. 

Une jolie lecture en somme qui en amènera sûrement d'autres en provenance directe d’Amérique latine !


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