25/11/2017

Anticipation "feel good" avec Station Eleven - Emily St John Mandel




 - C’est un livre qui ne raconte rien… Mais il faut le lire. C’est difficile à exprimer. 
- Cela doit être bien si tu l’as fini en une journée…
- Oui, mais... Je ne sais néanmoins toujours pas dire si je suis mitigée ou pas. Pour comparer, c’est comme « La route », mais en bien plus lumineux, moins spectral avec des codes auxquels je peux m’identifier. De l’anticipation feel good ?! Dans tous les cas, j’y retrouve des éléments qui me ressemblent, me sont familiers, ce que je sais que je ferai en situation similaire. J’aime la toile tissée entre les personnages, l’humanisme qui s’en dégage  et les allers-retours entre passé et présent. Ce qui pousse au final à tourner les pages…
- Si cela ne raconte rien, alors…

Synopsis : Une pandémie foudroyante a décimé la civilisation. Une troupe d’acteurs et de musiciens nomadise entre de petites communautés de survivants pour leur jouer du Shakespeare. Ce répertoire classique en est venu à représenter l’espoir et l’humanité au milieu des étendues dépeuplées de l’Amérique du Nord. Centré sur la pandémie mais s’étendant sur plusieurs décennies avant et après, Station Eleven entrelace les destinées de plusieurs personnages dont les existences ont été liées à celle d’un acteur connu, décédé sur scène la veille du cataclysme en jouant Le Roi Lear. Un mystérieux illustré, Station Eleven, étrangement prémonitoire, apparaît comme un fil conducteur entre eux…




Et la dernière page  fut tournée. Miracle. Un livre sorti de ma PAL ! Durant ma précédente lecture chroniquée sur ce blog, je me demandais quoi lire ensuite et mon choix s’est naturellement tourné sur « Station Eleven » d’Emily St. John Mandel chez Payot et Rivages. Une brève discussion en cours et fin de lecture. J’ai peiné à exprimer mes ressentis.  Je n’ai étrangement aucun commentaire sur la plume de l’auteur, ayant été plus sensible à ce qu’elle transmettait à travers ce récit.



Il ne se passe rien ? Ce n’est juste pas un livre façon blockbuster où les héros sont supposés sauver le monde d’une quelconque corporation machiavélique ayant usé de bioterrorisme pour détruire l'humanité. La phrase peut donc paraître péjorative, mais ce n’est nullement le cas. Au contraire, il se passe la vie, le temps, les liens et des destins qui s’entrecroisent fugacement dans un contexte qui, personnellement, me fait froid dans le dos rien que de l’imaginer. Sans évoquer le virus qui touche la population, l’idée même de se retrouver sans eau potable, électricité, internet et tout le confort auquel nous sommes habitués et sur lequel nous nous appuyons plus que de raison est effrayant. Pourtant, certains vivent très bien sans à travers le monde.

Anticipation et dystopie sont monnaie courante, mais je ne peux même pas parler de dystopie ici. Moi qui m’intéresse beaucoup à comment tournerait le monde si tout s’arrêtait du jour au lendemain, ma vision est très proche de l’auteur qui a mis en avant trois points intéressants. La bibliothèque, la troupe de théâtre et le musée de la civilisation. Lorsque j’imagine un monde similaire, ce qui est forcément le cas par le biais du roleplay sur des jeux à thématique post-apocalyptique, j’ai spontanément la volonté de vouloir explorer la quête de savoir et le partage des connaissances avec les personnages que j’incarne.

 Récupérer des livres pour monter une bibliothèque, des instruments de musiques, CD, du matériel de projection et des films, quitte à devoir fabriquer des générateurs avec des batteries de moto et j’en passe… Plutôt que jouer la survie en elle-même, malgré que je m’oriente toujours vers une volonté d’utopie. Des jeux comme « ApocalypseWorld » et « A quiet year » se prêtent d'ailleurs bien à l’exercice.

Je digresse ? Pas tant que cela, je fais des liens puisque ces détails sont bel et bien ancrés dans le roman que nous propose Mandel. Si elle aborde la survie, la difficulté de vivre en communauté, tout reste léger. Bien-sûr, les thématiques sont plurielles et englobent l’humain en finesse avec un agencement des chapitres qui donne de l’élan et du souffle au récit.  Une toile ciselée, lumineuse, faite de choses simples qui peuplent plusieurs vies en les reliant par des souvenirs, des regrets, des objets, beaucoup d’humilité et l’acceptation. Notamment du passé et de soi. Un récit où finalement le temps semble suspendu durant la reconstruction avec une fin assez ouverte. Je n’aurais toutefois pas été contre un ou deux chapitres en plus, voire un épilogue.  

Notons que deux personnages m’ont bien plus touché que les autres. Miranda et Jeevan. Pour ce dernier, je ne sais néanmoins toujours pas ce qu'il devient... 


Ce que pourrait être le comics évoqué dans le roman...


Pour conclure, une simple - et pourtant - complexe histoire plurielle et bien construite, lumineuse, profondément et positivement axée sur l’humain dans un contexte où la majorité des auteurs mettent en exergue la bassesse et les plus noirs côtés de nos congénères. Le côté survivaliste n’est pas très développé, pas exploité voire mal documenté et donc assez superficiel ; mais ce n’était pas le but car survivre ne suffit pas. Outre le virus qui extermine 99% de la planète (Aïe !), plusieurs clichés et des personnages expédiés aux oubliettes, ou dont le cas fut réglé en une pirouette par facilité scénaristique. Quel dommage !

Un roman parfait pour celles et ceux qui sont frileux avec la SF ou l’anticipation en général, pouvant même faire l'objet d'une adaptation film. Ce fut donc une lecture plaisante et appréciée qui m'amènera sans doute à relire cette auteure/autrice à l’occasion. 

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